dimanche 26 janvier 2014

Vingt jours avec Julian et Petit Lapin, selon papa de Nathaniel Hawthorne


Vingt jours avec Julian et Petit Lapin, selon papa est un texte plein de charme qui ouvre une fenêtre sur le quotidien de Nathaniel Hawthorne, un quotidien bouleversé par l'absence de sa femme qui, accompagnée de ses deux filles, part rendre visite à ses parents. Le voilà seul avec son fils, Julian âgé de cinq ans, Mrs Peters la cuisinière et le petit lapin de la famille, Hindlegs (Pattes de derrière). Nathaniel Hawthorne se met alors à l'écriture d'une sorte de compte-rendu de ses journées de papa solitaire. A travers ces lignes, j'y ai surtout vu de beaux moments d'enfance non idéalisés, décrits avec franchise.

La prose de l'auteur est toute différente de celle de La lettre écarlate. Elle m'a semblé plus pragmatique quoique non dénuée de poésie, plus drôle aussi, parfois même pince-sans-rire. Avec une grande minutie, il traite du temps qu'il fait, de la nature, de ses rencontres et discussions mais aussi des aventures de son fils au babillage incessant. Qu'il est drôle ce petit bambin que son père appelle tour à tour le vieux monsieur, le vieux garçon ou encore le petit homme mais qu'il peut être agaçant aussi ! Avec humour et une honnêteté touchante, Nathaniel Hawthorne fait part de son impatience lors de certaines situations quelque peu irritantes...

Son visage rond et joyeux apparaissait au milieu des feuilles vertes et déversait sur moi un flot continuel de babil comme une averse d'été.

L'éducation de son fils m'est apparue très moderne, libérée et finalement assez proche de certains préceptes défendus par Amos Bronson Alcott.

Les minutieuses descriptions du petit lapin sont assez drôles et ne manquent pas de nous le rendre attachant.

Le mystère qui entoure sa personne - dû à l'impossibilité de communiquer avec une créature sans voix - vient ajouter à l'intérêt qu'on lui porte.

Autre point marquant ; sa visite d'un village Shaker dont il fait une description particulièrement acerbe.

La préface de Paul Auster est également passionnante. En voici un extrait évocateur :

Un siècle et demi plus tard, nous essayons toujours de découvrir nos enfants, mais aujourd'hui  nous le faisons en prenant des photographies et en les pourchassant avec une caméra vidéo. Mais les mots sont préférables, à mon avis, ne fût-ce que parce qu'ils ne se fanent pas avec le temps. Il faut plus de temps pour écrire une phrase véridique que pour régler un objectif ou appuyer sur un bouton, c'est certain mais les mots vont plus profond que les images - lesquelles ne peuvent que rarement enregistrer davantage que la surface des choses, qu'il s'agisse de paysages ou de visages d'enfants. Sauf dans les meilleures ou dans les plus réussies des photographies, l'âme est absente. C'est pourquoi Vingt jours avec Julian et Petit Lapin, selon papa mérite notre attention. A sa façon modeste et pince-sans-rire, Hawthorne parvient à accomplir ce que tout parent rêve de faire : maintenir son enfant en vie à jamais.

Je vous quitte avec l'un de mes passages préférés :

Il m'est arrivé, en d'autres occasions, de me rendre compte que la meilleure façon de recevoir une vive impression et un net sentiment d'un paysage est de s'asseoir devant celui-ci, puis de se mettre à lire ou bien de s'absorber dans ses pensées ; quand vos yeux se trouvent par hasard, attirés vers le paysage, c'est comme si vous saisissiez la nature par surprise et la voyiez avant qu'elle n'ait eu le temps de changer d'aspect.
Cet effet ne dure qu'un instant et s'évanouit aussitôt que vous en avez conscience, mais il est réel tant que dure ce moment. C'est comme si vous pouviez surprendre et comprendre le chuchotement des arbres quand ils se parlent entre eux, comme si, un instant, vous aperceviez, nu, le visage qui se voile pour échapper à tout regard délibéré. Le mystère est révélé et, le temps de respirer une ou deux fois, il redevient, tout comme auparavant, mystère.

(publié chez Actes Sud)


(Tasha Tudor)

4 commentaires:

Milly a dit…

Évidemment que je veux absolument lire ce livre! Tu as l'art Jo de trouver de petites perles! :) Depuis le temps que je voulais lire cet auteur, ce sera le livre parfait. :)

Jo a dit…

Ces petites chroniques du quotidien sont délicieuses. J'espère qu'elles te plairont Milly!

Mior a dit…

"Éducation moderne" c'est ce qui m'avait frappée ds la Lettre Écarlate ! J'avais trouvé que cette mère et cette fille entretenaient des relations très loin des canons de leur temps, magnifiquement libres et intimes. Ce qui a été pour beaucoup dans l'immense plaisir que j'ai pris à relire ce livre

Jo a dit…

Je partage entièrement votre avis ! Cette relation mère fille si intense est absolument fascinante.
C'est un roman que je relirai avec grand plaisir.
Merci de votre passage ! :)