lundi 11 avril 2011

Expiation de Ian McEwan


J'ai rarement lu de romans à l'atmosphère aussi pesante et pénétrante.

Aout1935, Briony, treize ans, victime de sa vision naïve du monde des adultes et de son esprit romanesque, commet une faute si grave qu'elle fera basculer sa vie, celle de sa sœur Cécilia, et celle de Roby, fils de domestique. 
Cet été là est caniculaire, le temps semble s'être arrêté, l'ennui dévore Cécilia, l'air est lourd et notre jeune héroïne se prend à rêver d'une carrière d'écrivain. Elle décortique le monde, croit le comprendre et commet son crime avec l'assurance de l'adolescence. 
Tous se séparent pour se retrouver cinq ans plus tard, sous un ciel déchiré par la guerre.
Briony aura-t-elle le temps d'expier son crime?

La première partie du roman est absolument sublime. Les personnages se dévoilent sous nos yeux avec une rare sensibilité et la chaleur de l'été se mêle à celle de la passion magnifiée par l'interdit. 
Briony est un personnage complexe, difficile à appréhender. Son imagination servira et détruira sa vie, tout à la fois. 
Le style de Ian McEwan, sensuel, à fleur de peau, nous fait découvrir les réflexions et l'intimité la plus profonde de personnages qui se perdent peu à peu sous nos yeux.
La tension est palpable et grandissante. Elle nous emporte dans une course à perdre haleine à travers les méandres d'un univers follement romanesque, à la recherche de la vérité.
L'auteur se joue de nous et nous amène à réfléchir sur le pouvoir de l'imagination, de la fiction sur la réalité.

Ce roman est bouleversant et j'ai eu bien du mal à le quitter.


Dans les années à venir, il reviendrait souvent en pensée sur ce moment, celui où il avait marché le long du sentier, qui offrait un raccourci à travers un angle du bois de chênes, et rejoint la grande allée là où elle s'incurvait vers le lac et la maison. Il n'était pas en retard, et pourtant il trouvait difficile de ralentir l'allure. Des plaisirs immédiats et d'autres, moins proches, se mêlaient dans la richesse de ces minutes : le crépuscule rougeâtre qui s'estompait, l'air tiède, immobile, saturé des parfums d'herbe sèche et de terre brûlée, les membres dégourdis par la journée de travail aux jardins, la peau adoucie par la bain, le contact de sa chemise et de ce costume, le seul qu'il possédât. L'impatience et l'appréhension qu'il ressentait de la voir étaient aussi comme un plaisir sensuel, et une exaltation générale l'encerclait, telle une étreinte (...).
Un seul mot résumait tout ce qu'il ressentait, et expliquait pourquoi il s'attarderait plus tard sur ce moment. La liberté. Dans sa vie comme dans ses membres.

4 commentaires:

Maribel a dit…

J'ai vu le film, que j'ai très aimé.
J'ai le livre dans ma pàl. Ton enthousiaste me donne envie de le lire!

Jo a dit…

oh oui, vraiment je te le conseille! je suis certaine qu'il te plaira! (je passe souvent sur ton blog alors je finis par connaître un peu tes goûts ;))

Perséphone a dit…

Je suis comme Marible! J'ai vu le film et j'ai le livre dans ma PAL aussi mais j'avoue qu'après avoir vu le film j'étais un peu refroidie...j'ai peur de mal le vivre, si tu vois ce que je veux dire!

Jo a dit…

oui, je comprends. je n'ai pas encore vu le film en revanche. j'espère ne pas être déçue!