samedi 23 octobre 2010

La bible de néon de John Kennedy Toole


Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en lisant ce roman. Le titre m'avait intrigué ainsi que la mort violente de son auteur qui, à 32 ans, désespéré de ne trouver aucun éditeur à son désormais célèbre La conjuration des imbéciles, décida de se suicider en reliant l'habitacle de sa voiture à son pot d'échappement.
La bible de néon, poignant, déchirant, est son second roman. Il l'écrivit à l'âge de 16 ans.

L'action se situe dans les années 40. David est un adolescent qui vit avec ses parents dans une petite ville du Sud des Etats-Unis. La maison familiale est vétuste et juchée sur une colline. De la fenêtre de sa chambre, David aperçoit chaque soir, la grande bible illuminée par des néons qui surplombe l'église, symbole de la ferveur religieuse des habitants qui méprisent sa famille. David est un jeune garçon solitaire et triste mais il verra sa vie bouleversée par l'arrivée de sa tante Mae, ancienne artiste de cabaret, qui deviendra très rapidement sa seule amie.

La violence des préjugés, l'influence dangereuse de la religion sur des êtres sans cervelle, l'enseignante qui bat et humilie ses élèves, la guerre, la séparation, la mort sont autant de maux qui frappent notre jeune héros.
Au départ déchirant de sa tante Mae, il se transforme et commet l'irréparable.

La tante Mae est sans doute l'un des personnages les plus émouvants que j'ai pu rencontrer dans un roman.

Je n'ai jamais bien chanté, mon trésor, mais au moins, quand j'étais plus jeune, j'étais plus agréable à regarder. Quelquefois on m'engageait rien que parce que j'avais de l'allure en tenue de scène. Les hommes m'aimaient en ce temps-là. Ils venaient rien que pour me voir, et je sortais beaucoup. Ils faisaient des promesses, et les premières fois, je les ai crus, mais quand j'ai compris que je m'étais fait rouler, ça m'a blessée, blessée au point que j'en avais le coeur brisé. Après, je ne pouvais plus espérer être honnête avec un homme en le laissant m'épouser, parce que tu comprends, je lui aurais refilé un article défraîchi, pour ainsi dire.
Alors il n'y a plus rien eu que ma carrière, et elle perdait de la vitesse. Je suis arrivée au bout du rouleau, les dix dernières années. Personne ne voulait m'engager, même certains des types qui m'avaient fait des promesses. Ceux à qui j'avais tant donné, ils ne répondaient même pas au téléphone quand j'appelais. Ils avaient tous épousé d'autres femmes et ils avaient des petits-enfants. Ca, ça a été une période où je me suis souvent retrouvée dans ma chambre d'hôtel à pleurer sur les oreillers puants. Toutes les autres femmes de mon âge pouvaient regarder par la fenêtre de leur cuisine et voir le linge sécher sur la corde, mais moi, tout ce que j'avais à voir par la fenêtre de l'hôtel, c'était une ruelle crasseuse pleine de vieux papiers et les tessons de bouteilles des poivrots, et des poubelles, des chats et de la crasse. Est-ce que j'avais mal à ce moment-là, David? J'étais prête à me suicider avec les vieilles lames de rasoir rouillées qui traînaient dans ces salles de bain sordides. Mais je ne voulais pas laisser ces types me forcer à me tuer.


Je l'ignorais jusqu'à aujourd'hui mais le roman a été adapté au cinéma en 1995 par Terence Davies.

4 commentaires:

Akina a dit…

Ça a l'air formidable ! L'extrait que tu cites est terriblement émouvant...
Je le note !

Jo a dit…

Je pense qu'il te plairait Akina, tout le roman est aussi émouvant que cet extrait!

Anonyme a dit…

j'aimerai bien voir l'adaptation au cinéma de ce roman torturé ..

très sympa la nouvelle bannière ! elle te va à merveille petite Jo !
vb

Emjy a dit…

Je suis bien d'accord avec ce qu'a écrit Akina :)

J'aime beaucoup ta nouvelle ban ♥